Terrain de jeux et d’expériences
Placées autour de la pelouse centrale, les cinq sculptures en pierre calcaire qui composent l’œuvre Vivantes souhaitent devenir partie prenante du parc, en invitant les visiteurs et visiteuses à se les approprier à leur guise. Une caresse de la main sur leur surface à la fois douce et rugueuse, un banc, un terrain de jeux, une invitation à la rêverie, leurs usages sont multiples. Résolument non-spectaculaires, elles racontent notre rapport à l’eau et nous incitent à prêter attention à notre environnement.
Rapports à l’eau
Vivantes prend pour point de départ notre rapport à l’eau et le contrôle de cette ressource naturelle. C’est un objet de recherche important pour Lou Masduraud, qui développe depuis plusieurs années un ensemble d’œuvres regroupées sous l’appellation «Fontaines». À Meyrin, les sculptures ne sont reliées à aucune alimentation et ne laissent pas échapper de liquide. L’eau y est toutefois centrale: leurs formes reprennent des fragments des infrastructures servant à la gestion des eaux de la commune, habituellement cachées aux regards. On y retrouve entre autres des parties des installations du Lac des Vernes, comme une pièce à l’aspect d’un escargot servant à freiner l’eau dans ses déplacements souterrains.
Dans cette œuvre, l’eau joue aussi un rôle actif grâce à la capacité de la pierre de tuf à retenir l’humidité dans ses multiples cavités, qui créeront dans les années à venir des endroits propices à l’épanouissement d’une flore et d’une faune, notamment des lichens et des mousses. Le tuf est d’ailleurs une roche qui s’est formée grâce à l’action de l’eau; sa structure est composée de sédiments renfermant des plantes pétrifiées et de petits animaux, comme des escargots.
À la surface des œuvres, Lou Masduraud a placé des ornements en bronze, comme venus d’un autre monde. Inspirés de différentes sortes de fossiles, l’origine de certaines de ces drôles de bestioles remonte à des millions d’années: avec ces éléments figuratifs, c’est un tout autre imaginaire qui s’ouvre et vient se confronter aux formes abstraites, proches de la sculpture minimale.
Une sculpture publique en évolution
Vivantes s’ancre également dans une réflexion sur l’art dans l’espace public, en proposant un ensemble de renversements: le bronze et les plaques de marbre insérées dans la roche rappellent la préciosité et le langage de la sculpture publique, dont les valeurs sont détournées. Dans ces œuvres sans socle, réalisées à partir de réemploi de matériaux, la délicatesse des éléments en bronze rappelle plus la complexité et l’inventivité de la nature que la grandeur des monuments publics.
Vivantes est, comme son titre l’indique, évolutive: contrairement à une volonté de figer la sculpture publique dans des formes qui se veulent pérennes et demandent souvent un important entretien des pouvoirs publics, il s’agira de laisser vivre et se transformer les œuvres, au gré du temps.
Née en 1990 à Montpellier, Lou Masduraud vit et travaille à Genève. Dans ses installations et sculptures, elle travaille sur ce qui structure notre société, autant d’un point de vue technique que social, public qu’intime. En questionnant les normes et usages, elle explore la complexité des activités humaines. Ses mystérieuses fontaines, soupiraux et éléments anatomiques invitent par exemple à de possibles renversements des réalités et rapports de pouvoir.
Ses œuvres ont été présentées lors de plusieurs expositions monographiques et collectives. Elle est entre autres lauréate du Prix culturel MANOR 2023 du canton de Genève, des Swiss Art Award 2024 et a effectué à la fin 2024 la résidence Connect India, lancée par Pro Helvetia et le CERN.
Portrait de l’artiste, copyright Mathilde Agius
Lou Masduraud, Vivantes, 2025, ensemble de 5 sculptures, pierre de tuf, marbre et bronze, parc Cœur de cité, collection FACM.
Photographies de la réalisation des sculptures à l’atelier CAL’AS et arrivée des pièces dans le chantier du parc Cœur de cité, automne et hiver 2025, copyright Emmanuelle Bayart.